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OPUS
"Je me souviens de la crèche à moteur... Quand il arrivait, chaque année à la même époque, Mr Huet garait toujours son camion bien à plat. A la fin de la manoeuvre, c’est lui qui mettait les cales. Alors, les gars pouvaient commencer le montage du gradin et des bâches. Il avait embauché deux gars, à la saison et au pourcentage, pour l’aider à monter le décor, à entretenir la mécanique, mais surtout, à faire bouger les automatiques. Parfois, il mettait un peu de musique pour faire patienter avant l’ouverture du rideau publicitaire... Le rideau publicitaire, c’était des réclames pour les artisans du coin, pour les commerçants ou pour quelques connaissances à lui. Ca nous occupait avant le début, on faisait des jeux. Ca s’ouvrait avec la musique du carillon, et là, on retrouvait les vieux automatiques comme chaque année, à leur place, comme si ils n’avaient jamais bougé. |
Lui, il a toujours raconté que oui, que c’était comme ça qu’il avait voulu terminer son histoire, que c’était pour que le petit ait la tête dans les nuages, et qu’il reste pas coincé dans une vie qu’en est pas une. Parfois, les gens se moquaient de lui en lui demandant "alors Raoul, la tête du petit, quand est-ce qu’elle revient du ciel ? Alors Raoul, t’as toujours la tête sur les épaules ?" Du coup l’année suivante, il a inventé une deuxième partie pour son spectacle d’automatiques. Il l’a appelée "les balivernes". Pour nous, "les balivernes", c’était les voyages dans son imagination, et c’était bien aussi beau que le traditionnel !" |