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FIN DE PARTIE ?

lundi 13 mai 2013, par Pierre Abgrall

En mai, au FOURNEAU, la Compagnie AMARANTA joue "La vieille qui lançait des couteaux". Un spectacle bien aiguisé.

En traversant la roulotte Amaranta tu ne sais pas à quoi tu t’exposes. Devant toi, une piste de cirque cernée d’une palissade de planches peintes en rouge. A gauche de la roulotte : des ballons de baudruche fixés sur une cible de bois. Même cible de bois de l’autre côté, sans les ballons. Tu prends place sur un banc de bois. Tu as les pieds dans le sable. Au centre de la piste, une flamme vacille mais ne faiblit pas. Trois autres lampes donnent assez de lumière pour que tu puisses voir encore le bout de tes chaussures. Il fait silence. Même si une jeune femme joue de l’accordéon et qu’un Monsieur Loyal barbu et moustachu parle, un couteau dans les mains, le silence est là.

C’est le silence d’une fin de partie. Tu es venu assister à la dernière représentation d’un lancer de couteaux. Et tu as compris que ce ne sera pas le grand Zampano de La Strada qui va le faire. Ce n’est pas son truc. Mais tu as du mal à croire que ce sera, comme une sorte de très vieille Gelsomina, cette mystérieuse et acariâtre Camille Amaranta que son Monsieur Loyal de fils annonce gravement mais sûrement. Tu demandes à voir...

Avant qu’elle entre en piste tu sais à peu près tout de la vieille Camille : son mari tzigane rencontré en 1946, leurs voyages d’est en ouest et du nord au sud de l’Europe, la pauvreté, les camps, les exclusions, les insultes, mais aussi les bonheurs, l’amour, la liberté, la famille, la musique, la danse, les enfants, les animaux et... les couteaux !

Les couteaux, tu es venu pour ça : voir une vieille femme improbable lancer des couteaux. Et quand elle apparaît enfin, tu te dis que la Mamie Camille serait tout juste capable de lancer un couteau sans manche auquel il manquerait la lame. Mais, bien sûr, tu te trompes et tu ne le sais pas encore...

Quand, un long temps plus tard, la nuit se fait sur la piste -tu es encore plein d’émotions, de frissons, de rires et de sourires- tu sais que "La vieille qui lançait des couteaux" raconte plusieurs histoires : celle de peuples -roms, tziganes, gitans...- qui font partie de l’Histoire tourmentée de notre Europe ; celle d’un petit cirque qui n’existe encore que par la forte présence d’une roulotte, d’un accordéon, d’un métallophone, de trois ou quatre costumes et d’une poignée de couteaux ; celle enfin, d’une famille dont il reste une vieille Dame, son fils un peu pataud et sa brunette de petite fille Anna qui, elle, annonce sans doute un autre avenir, un bel avenir, à tous les lanceurs de couteaux de la planète et cela sur toutes les routes du monde.

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